© Théo Massoulier

Gaiartefact

June 1, 2016

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Entre le 27 juillet et  le 25 Août  de l’an 2012 après Jésus Christ, un étrange objet métallique solitaire franchi à la vitesse prodigieuse de 15 kilomètres par seconde la frontière physique du système stellaire à l’origine de notre planète mère.

En franchissant la sphère d’influence de notre étoile (champs magnétique, vent solaire, lumière), l’artefact Gaïen pénètre un milieu inconnu et mystérieux, où « les chemins du jour sont près des chemins de la nuit » (X-86) pour citer le texte d’un grec archaïque dont j’ai perdu le nom.  

L’objet en question, une sorte d’insecte dorée à tête parabolique blanche, porte dans ses entrailles en plus de son cœur en plutonium, un disque gravé faisant fonction de Pierre de Rosette pour l’humanité qui l’a pensé.  Après plus de trente-sept années, Voyager 1 (c’est le nom de ce futur fossile) est une bouteille dans l’infini. La  mémoire de cet objet  est 240 000 fois moins puissante que celle de votre smartphone et la puissance de son transmetteur est équivalente à celle d’une lampe de réfrigérateur. Ces données de comparaison ne doivent pas nous faire oublier l’aventure délirante de cet assemblage humain.  La figure de proue d’un nouveau siècle.

Cet évènement, passé relativement inaperçu durant l’été en question, n’est que le symptôme des formidables soubresauts évolutifs qui agitent notre espèce depuis maintenant 150 ans. Notre planète mère, Gaïa, n’est pas un être vivant: c’est un berceau. Ce que les anciens pensait être une profonde crevasse sombre et nourricière se révèle être une bille bleue perdue dans l’immensité. Cette sphère est un système biogéochimique complexe qui a vu l’apparition et la disparition de grandes familles d’animaux et de plantes, co-évoluant avec le minéral et l’atmosphérique dans une dimension qui commence tout juste à être appréhendé. Gaia nous a donné un socle et le vivant lui a donné un bouclier.

Porté par le sol et protégé par le ciel.

Le développement actuel de ce système, fruit d’une chronologie abyssale et surtout amorale produit aujourd’hui des scories technologiques. Gaia expulse et projette des artefacts Humains, c’est-à-dire des productions telluriques « raffinées ».  Elle les ingère aussi (pensez à ces gigantesques puits bétonnés à déchets radioactifs). Car le cœur de son activité c’est désormais nous, les Hommes Savants, animaux complexes et complexifiant en voie d’hybridation supérieure.

 

 

 

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Notre monde est un champ quantique qui à l’échelle nanométrique ne fait pas de distinction entre un morceau de granite des Alpes, un flux d’algorithme circulant dans un câble sous-marin transocéanique ou la cellule souche d’un bovin. Les choses à cette échelle se valent, elles sont équivalentes. Une image me vient spontanément : la laitue et le granit de Giovanni Anselmo. Le contraste est visuellement saisissant. Le minéral et le biologique. Intellectuellement l’œuvre d’Anselmo est puissante. Elle porte en elle une dimension presque philosophique. A l’échelle nanométrique il n’y a rien qu’y puisse être identifié comme une frontière entre l’élément salade et l’élément granite. Il n’y a qu’une continuité énergétique. Il n’y a que la circulation interrompue d’une information mystérieuse que nous ne parvenons pas encore à identifier et encore moins à maitriser. Réunir ces deux matériaux, ce n’est finalement pas tant produire un contraste que produire un rapprochement. A cette échelle, le réel n’est qu’une vibration énergétique. La solidité du granit n’est qu’une illusion. Ces sont les mêmes particules que celles de la laitue. La matière fondamentale n’est qu’une équivalence sans contours. Où se situe alors la frontière entre le vivant et l’inerte ? Entre l’énergie et la matière ?Les mystères de l’infiniment petit sont aussi puissants que ceux qui se déploient sous nos yeux dans l’infiniment grand. Chaque être vivant, chaque minéral renferme ainsi en lui-même ce que j’appellerai le grand mystère. En d’autre terme une part de l’absolu.L’histoire du vivant est amorale. Elle n’est pas déterminée par ce qui serait juste ou mal, elle est déterminée par le possible et son comblement. Nous sommes exo-déterminé par les possibles. Ce qui est possible, sera. Force est de constater qu’en ce début de siècle nous élargissons prodigieusement le champ des possibles. Nous ouvrons le monde à défaut de pouvoir le dépasser. 

 

 

 

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Je perçois quatre axes d’évolutions ontologiques. Ils sont en passent de modifier à jamais ce que nous nommons laconiquement la condition humaine (expression qui vise à déterminer les modalités d’existence de notre espèce lorsque l’on évoque la question de la vie et de la mort, de l’individu et de la société, de la liberté et du déterminisme, de la finitude et de la perfectibilité) :

 

- La manipulation technologique du vivant (vers une biodiversité animal et végétal « designée »)

- La maitrise de l’échelle nanométrique (impact colossal en médecine, en informatique, en architecture, en intelligence synthétique, en armement)

- L’explosion de la démographie humaine combinée à l’émergence désormais certaine d’un « environnement stressé » et d’un épuisement énergétique.

- La naissance de la première civilisation mondiale, c’est-à-dire la mise en fondation de la première culture interconnectée à la fois globale et multi-centrée rendue possible par une mise en réseau exponentiellement intense.

 

   Ce qu’il faut désormais accepter, c’est que le monde est poreux. Il laisse passer nos fluides d’informations, fait circuler nos marchandises, nos produits, nos idées, nos découvertes. Notre monde fait cela de plus en plus vite, de plus en plus intensément. Ce que nous ont appris ces quinze dernières années, c’est qu’il est devenu inutile de vouloir distinguer, cloisonner, séparer, retenir. Tout n’est que circulation, contamination, échange et imprégnation. Cela est vrai depuis la nuit des temps. C’est le principe même du monde, c’est également celui du vivant. Bien sûr, nous vivons sur la même planète que Kim Jong Il ou que les kamikazes de l’Etat Islamique, mais ils ne sont pas dans le sens de l’histoire. Il ne représente rien face à ce qui vient.Le principe de circulation qui fonde notre réel s’intensifie sous l’effet de nos technologiques de mise en réseaux des environnements et d’hybridations des formes. Notre défi va être de repenser les rapports entre humains et non-humains, entre nature et culture, entre virtuel et réel, dans des modalités différentes de celles du passé (dominées par l’anthropocentrisme et une philosophie du cloisonnement) en intégrant une nouvelle théorie de la connaissance faite de passages, d’hybridations et de métamorphoses. L’esthétique naissante qui accompagne ce changement de paradigme civilisationnel commence à produire une philosophie inédite, un nouvel humanisme 2.0 (supérieurement conscient de la complexité du réel et décentré de l’objet qui le fonde à savoir nous, les humains), d’innombrables techniques d’ingénieries de l’infiniment petit et de programmation de la matière et enfin pour ce qui nous concerne, des pratiques artistiques qui outrepassent les notions d’artificialité et de nature et surtout qui transcendent tout déterminisme. Le monde qui nous vient est fluide et sans contours. 

 

 

 

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Le principe même du vivant est de muter. En ce sens La vie est une métamorphose continue. Elle n’a pas de forme. Le vivant doit être considéré comme un fluide qui se répand dans un temps qui nous échappe. Son incroyable caractéristique est sa capacité à changer d’apparence pour toujours continuer à exister. On pourrait même dire à exister davantage. La vie est en ce sens est une création imprévisible de nouveauté. Une mise en complexité vertigineuse de la matière. Inerte, vivant, pensant…

En biologie, les mutations sont liées à des lois macroscopiques de probabilités sélectives qui opèrent  à l’échelle moléculaire. Le mutant n’est pas autocentré. Il est ouvert d’une certaine manière à l’altérité. La mutation est ainsi une conséquence de l’ouverture à un possible, à la périphérie, à l’éventualité d’un changement. Pour la première fois, la mutation franchie un palier inédit. Elle n’est plus uniquement déclenchée par l’évolution naturelle et hasardeuse des séquences génétiques mais par un processus culturel complexe lié aux productions technologiques humaines. Pensez au premier chromosome artificiel de synthèse crée en 2014 par les équipes du généticien Jef Boeke dans un laboratoire de l’université de New York (une levure entièrement synthétique dénommée Sc2.O). Est-on sûr d’avoir saisi  les conséquences ontologiques de cet évènement ? L’importance capitale de cette date dans la définition de la vie. L’intensité de l’influence du culturel humain sur l’évolution du biologique est en train d’exploser. Regardez les débuts laborieux de l’aviation. Il a suffi de soixante-dix ans pour arriver à  produire la navette spatiale avec la vitesse technologique du siècle dernier, infiniment faible en comparaison de celle que nous allons connaitre dans le prochain quart siècle. En combien de temps l’humanité du XXIème va-t-elle produire le premier mammifère entièrement synthétique ? Sans évoquer la possibilité d’une vie non carboné, d’une vie faite de silice, d’électronique nanométrique ou même d’une conscience biosynthétique.  Quelles conséquences? L’homme a toujours modifié son milieu. Des forêts amazoniennes que certains croient encore vierge alors qu’elles ont connu un cycle d’au moins 15 000 ans d’anthropisation par des milliers de générations d’indiens (modification des espèces de plantes, de leur agencement, des espaces d’habitats) aux chiens rendus serviles des tableaux de Velasquez lointain descendant des loups sauvages domestiqués à l’époque de l’Europe glaciaire, l’homme a toujours été un manipulateur du vivant, de la matière, de l’espace.

Mais l’humain est un être étonnant en ce sens qu’il a lui-même créée dans sa dernière montée en intensité culturelle les conditions de l’affaiblissement de son exo-détermination naturelle. Nous avons ainsi cessé de coévoluer avec les espèces pour commencer à coévoluer avec nous-même dans un processus de construction culturelle dont l’intensité apparait aujourd’hui comme exponentielle. Nous vivons un moment unique, nous, homme et femme du XXIème siècle. Un moment inédit où la montée en intensité est tellement forte qu’elle va faire basculer l’humanité brutalement vers autre chose. La convergence des technologies NBIC (nanotechnologie, biotechnologie, Informatique, Sciences Cognitives) est une lame de fond. Couplé à l'apogé capitaliste, elle sera l’outil d'un basculement sans retour.

Nous n’avons pas les moyens intellectuels de percevoir ce quelque chose. L’inédit nous est invisible. Tout juste pouvons-nous saisir les incessantes métamorphoses du monde, sa puissante accélération.  L’humain est désormais un vecteur dépossédé. Un outil à produire en capacité un vivant inédit. Un vivant hybride où le culturel fusionnerait avec le naturel. Où l’individu abandonnerait sa force motrice au profit d’une « intelligence » collective supérieurement organisatrice.  La réalité du possible s’ouvre.  Le vivant a ainsi la capacité de repousser les limites de sa propre définition. A l’échelle de l’histoire, la métamorphose sera fulgurante.

 

 

 

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L’humanité a clôturé le monde. Les frontières ont été fixées, la circonférence atteinte. La géographie n’a plus rien à nous offrir. Les Hommes du siècle dernier ont voulu croire à l’ultime frontière. La fin du XXème siècle a ainsi vu l’effondrement de l’utopie spatiale. Nous avons posé un pied sur la lune mais nous n’irons pas vivre dans d’immenses stations suborbitales et nous ne terraformerons pas la planète Mars. Nous resterons sur Terre et pour longtemps. Ce caillou est notre radeau. Je repense en écrivant cela à la fantastique photographie Pale Blue dot, prise le 14 février 1990 par la sonde voyager 1. Elle figure notre planète comme un minuscule grain de lumière perdue dans l’immensité abyssale. Un point bleu pâle dans un noir profond, impénétrable. Mais paradoxalement ce besoin de conquête d’espace physique, ce réflexe vitale d’extraction a produit un espace d’une autre nature. L’impulsion technologique déclenchée par la course à l’espace a fait exploser les industries électroniques et informatiques. Ces formidables outils ont permis de mettre en relation les masses Humaines, les savoirs et la culture. Sans revenir en détails sur cette chronologie, accordons nous à dire qu’Internet n’a que deux équivalents dans l’histoire Humaine. La maitrise du feu et l’invention de l’agriculture. Avec le feu, on invente une vie sociale mieux organisé (autour du foyer), on se protège des bêtes la nuit et des parasitoses en cuisant les aliments, on envahit les zones tempérés froides, on améliore la fabrication des outils, on crée de la convivialité, sans doute les premières cosmogonies… L’agriculture fait exploser la démographie humaine, engendre les premières villes et civilisations, produit l’écriture, provoque les premières guerres, aussi… Au même titre que ces deux grands tournants, l’invention de l’espace numérique est une rupture évolutive dans notre histoire. Nous sommes pour le moment incapables de pouvoir distinguer ses conséquences, tant elles semblent prodigieusement puissantes. 

 

 

 

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La rupture ontologique est si brutal qu’il y a encore une dizaine d’année nous séparions volontiers le physique et le numérique. Mais vivons-nous encore entre deux mondes ? Entre le offline et le online ? Le monde numérique doit-il encore être distingué du monde physique. J’avancerai l’idée selon laquelle l’espace numérique est une réalité insérée et expansive. En ce sens elle a vocation à conquérir le monde physique par contamination et hybridation. Le numérique est un réel. Mais un réel en puissance. Un réel encore émergeant. Il n’est pas pour autant virtuel et indépendant. La séparation conceptuelle entre ces deux termes n’a plus aucun sens. La distinction est devenue obsolète, aussi absurde que celle que nous faisions autrefois entre Nature et Culture quand nous pensions encore l’Humanité toute puissante, coupée de la réalité bio-minérale. Comment ne pas penser aujourd’hui l’espace numérique comme une extension concrète de l’espace physique ? Ces deux espaces n’entre pas en concurrence, ils s’hybrident pour fusionner. Mon intuition est celle-là : je perçois l’espace Online comme un bourgeonnement de réalité, comme une excroissance potentiel du vivant, d’un vivant pensant et agissant, comme sans doute le début d’une très longue histoire... inédite. L’espace numérique est en ce sens l’ultime poussée de notre réel.

La réalité physique du réseau (câbles sous-marin, centrale nucléaire fournissant l’énergie, écran, clavier, casque immersif) n’est constitutif que d’une interface de liaison avec cette prolongation du réel, en construction. Il n’y a jamais eu de séparation entre le offline et le online, il n’y a qu’une continuité des espaces. Au début cette continuité était faiblement intense, ténue. A l’avenir, elle sera maximale. Le futur c’est la disparition des interfaces. La fluidité des passages. Le phénomène est exponentiel dans son déploiement. Il parait sans limites. Comment ne pas imaginer dans quelques décennies une connexion directe du online dans notre cerveau. Une circulation fluide et ininterrompue entre le online et le offline, entre l’artificiel et le biologique, entre l'inerte et le vivant... Comment ne pas craindre qu’une entreprise comme Google transforme son moteur de recherche et ses applications ubiquitaires en embryon d’intelligence biosynthétique, ouvrant la voie peut-être à la redéfinition de la nature même de notre espèce.  C’est l’une des plus grandes inquiétudes que nous devons avoir. Si quelques entreprises aux intérêts privés sont les seuls à maitriser ces technologies, l’humanité toute entière sera dépossédée de son propre destin.  Mais ce mouvement n’a-t’ il pas déjà commencé ?

 

 

 

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Il ne faut jamais oublier que ce que nous nommons espace numérique dépend entièrement de l’espace physique, autrement dit du minéral et du biologique, de la silice, des terres rares, de l’énergie atomique, du charbon (autrement dit de formes de vie fossilisés très anciennes). Pensez à cela, le parc d’ordinateur mondial  et nos data center fonctionnent aux trois quarts grâce au charbon, au gaz, et au pétrole (issu également je le rappel de la désagrégation d'anciens organismes vivants). Cette réalité numérique repose donc sur un cycle bio-géologique très ancien que nous épuisons à chaque instants. L’édifice est éphémère.

    L’idée selon laquelle le online pourrait trouver une « indépendance » n’a pas de sens. La dépendance du monde numérique est totale. Il ne faut donc pas sous-estimer la fragilité de ces constructions. Nous ne sommes pas forts. L’ère de l’Anthropocène* nous le rappel à chaque instant. Nous ne sommes rien face aux forces géologiques et climatiques, et si nous sommes en train de rendre physique et réel le monde numérique nous virtualisons et abandonnons dans le même temps certains espaces physiques. Pensez à Fukushima ou à Tchernobyl. Les zones autour de ces centrales nous sont devenues inaccessibles. Nous les avons virtualisés. Nous n’y envoyons que nos robots. Le dernier de Tepco n’est pas revenu. Grillé par les radiations. Il faut ici évoquer le concept d’Hyperobject de Thimothy Morton qui voit dans l’uranium, le réchauffement climatique, ou les sciences génétiques des phénomènes issu de l’Humain mais qui le transcendent dans l’espace et le temps comme aucun autre auparavant.  Ainsi la société humaine produit de manière accélérée des objets qui la dépassent et la transforme.

A chaque grande découverte nous inventons une catastrophe par effet miroir. Inventer l’agriculture, c’est inventer la guerre ; inventer l’énergie atomique, c’est inventer Hiroshima ou Tchernobyl ; inventer la bourse, c’est inventer le Krach ; inventer le circuit neuronal artificiel c’est inventer… un inquiétant mystère. Nous sommes désormais dans un temps accidentel. Les hyperobjects portent en eux la possibilité de l’accident intégral, celui dont on ne se relève pas. 

La strate de l’Anthropocène pourrait être alors la couche géologiquement fossilisée de l’apogée anthropocentriste. Elle sera composée de milliard de fragments d’os, de métal, de plastique, de béton haute-résistante, d’objets radioactifs et de formes carbonées synthétiques.

Cette strate constituera le cri d’une Humanité engloutie par l’écho infini du Temps. L’indice sublime que l’Humanité n’a finalement jamais existé puisqu’à l’exception de cette bouillie fossile, elle n’aura rien transmis.  

 

 

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